Fabrication d’un tonneau

Publié le 28 avril 2026

Venus de Beaune de l’usine Damy, et de Meursault pour l’usine Billon, les deux tonneliers, meilleurs ouvriers de France, Jacques, le papa, et Vincent, son fils, ont été invités par l’association de l’Usine Roux… ancienne tonnellerie/parqueterie, à Belleville (voir article dédié), qui ne possède plus d’atelier, samedi 25 avril 2026.

Professionnels passionnés, ils signalent que le métier de tonnelier a failli disparaître en 1970. Le tonneau est avant tout un récipient, qui a été remplacé par les bouteilles et les cuves en inox. Puis les œnologues ont réhabilité le tonneau pour le vieillissement du vin ! Historiquement, le métier de tonnelier était celui de sabotier, qui a évolué… L’usine Damy a été créée en 1945 par le papa de Jacques, qui a commencé principalement pour des réparations de tonneaux. Puis l’évolution vers la tonnellerie s’est faite. Actuellement la capacité de l’entreprise est de 80 fûts par jour et d’une quarantaine dans l’autre usine.

Des difficultés sont dues à la « taxe Trump » mais aussi au fait que les gens boivent moins de vin, cela est sensible dans le Bordelais et aux USA.

Ils en exportent beaucoup aux Etats-Unis, où leur savoir-faire et la qualité du chêne français est réputé. Un mètre cube de merrain (qui correspond à une qualité de bois prévu pour faire des tonneaux) coûte environ 6000€… En 1970, le m3 de merrain valait 1500 francs ! On fait à peu près 10 tonneaux dans 1m3. Actuellement il faut compter 100€ pour un tonneau de 228l, c’est le tonneau classique bourguignon, mais il existe bien sûr d’autres capacités. Le remplacement des tonneaux se fait tous les 4/5/6 ans. En effet on estime qu’il perd environ 20% de son goût boisé par année. Le chêne est fendu en 2 par le milieu, puis en 4, en 6, en 8, par quartier, afin de faire des duelles. On enlève l’aubier pour conserver le fil de bois. En effet il faut conserver le fil afin de pouvoir le cintrer sans le casser, pour faire le côté hermétique.

 

 

Une duelle a les deux extrémités de même largeur, elle est plus large au milieu et incurvée. On compte environ une trentaine de duelles pour un tonneau : elles font de 6 à 12cm de large… les tonneaux n’ont pas toujours le même nombre de duelles !

 

 

 

 

Le bois est acheté vert, séché 2 à 3 ans, à l’extérieur par tous les temps : pluie, neige, vent, soleil, … pour amoindrir les tanins, tout en en conservant certains, de diminuer le taux d’humidité, assurant au futur tonneau son rôle d’étanchéité.  Grâce à cette maturation, la couleur va noircir, cela sera enlevé lors de la fabrication. La tonnellerie Billon fabrique 10 000 tonneaux par an, soit 1000 m3 de bois par an. 60% est exporté.

Les duelles sont placées les unes à coté des autres à l’intérieur d’un cercle métallique placé en haut : c’est la mise en rose. Le « montage » se fait à partir d’une cale, appelée « servante ».

Vidéos tournées sur place : https://youtu.be/c0gtJPFjaK0     et      https://youtu.be/81MBPk1gFRA

Puis les duelles seront serrées par le dessus, en tapant sur le cercle, avec un marteau et une chasse. Le tonnelier tape de l’intérieur vers l’extérieur pour bien égaliser, et bien entendu de haut vers le bas. Il faut égaliser le dessus, parfois même renverser le tonneau.

Un second cercle plus grand sera également positionné.

Puis, (nous ne pourrons pas voir cette étape car l’espace n’est pas adapté ! voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=BXKVj5_M6po ) c’est la mise en feu. Le tonneau non-fini est positionné sur un braséro, les duelles sont humidifiées, pour être cintrées. Ce chauffage donne aussi du goût qui est adapté selon la taille, l’essence du bois, le choix du vigneron. Ce cintrage se faisait manuellement, maintenant il est fait avec des machines. Le fond est bouveté. On utilise un mélange à base de farine pour servir de joint dans les rainures, et le fond/couvercle. Pour rentrer le fond, on desserre un peu les duelles afin de le placer, on ajuste. Idem pour le dessus.

Le tonneau sera poncé, on testera son étanchéité. Les trous sur la face avant et le trou supérieur pour soutirer seront faits. Le nettoyage des tonneaux se fait désormais à la vapeur, avant c’était avec une chaîne placée dans le tonneau.

 

 

Le père et fils ont reçu la médaille de meilleur ouvrier de France. Le petit-fils est meilleur apprenti de France !

 

 

 

 

 

 

Pourquoi le fût est-il rond ? Pour des soucis de résistance, le besoin d’être conique afin de le rendre étanche, hermétique, mais aussi pour lui permettre d’être déplacé facilement en le faisant rouler : 47kgs qu’on peut déplacer avec 1 doigt (cf : course de tonneaux à Cognac !). Cette forme permet le dépôt de la lie dans la partie creuse, le trou fait à 10 cm du bord se trouve juste au-dessus pour les Bourgogne, Cognac, Bordeaux. Les chiffres de la Fédération indiquent : 67 entreprises et 545 000 fûts vendus en 2025.

Sur demande on a pu réaliser des amphores en bois, faites à la main. Des seaux en bois (des sapines).

Le bois utilisé provient principalement de chênes des massifs forestiers de l’Allier, des Vosges, de la Nièvre, de Bourgogne, du Jura et du Centre de la France. Le chêne de la forêt de Tronçais a été très mis en avant mais son prix est très élevé : 8500€ le m3 ! Selon l’endroit où il pousse, l’arbre ne donne pas les mêmes goûts : selon le sol, mais aussi la vitesse de sa croissance… on le coupe environ 150 ans après sa plantation. On utilise maintenant une traçabilité numérique des arbres. Parfois certains autres bois sont utilisés, le châtaignier pour le beaujolais vendu aux Japonais pour des petits fûts de 10/15 litres, mais aussi de l’acacia, du robinier pour le blanc.

Pour le transport en bateau, on peut mettre 153 fûts dans un conteneur.