Châtillon sur Chalaronne

Publié le 5 juin 2026

Châtillon-sur-Chalaronne se situe dans la région de la Dombes, dans l’Ain. Le département comporte 4 autres « pays » : la Bresse, le Bugey, le Revermont et le Pays de Gex.  Elle est à égale distance (23km) de Mâcon et de Bourg-en-Bresse. La ville compte 5300 habitants.

Le « s » du nom de la Dombes semble venir du latin : « dominus » signifiant seigneur ou « Pagus Dombesis » (le pays de Dombes). Le « la » désigne la région, comme la Bresse ou la Bourgogne. On retrouve des traces du nom de Châtillon en Dombes et Châtillon-lès-Dombes. C’est à la Révolution (1792) que « Dombes » sera remplacée par « Chalaronne » qui est le cours d’eau traversant la ville. Cette rivière de 52 km, prend sa source dans la commune de Lapeyrouse, à côté de Villard, et se jette dans la Saône à Thoissey.

(Visite réalisée mardi 12 mai 2026)

On retrouve des traces d’occupation par les Romains. Vers 443, la ville passe sous la domination des rois Burgondes.
Au XIe siècle, Châtillon devient la seigneurie de sire Hugo de Châtillon (1023), puis en 1101, la ville appartient à Robert l’Enchaîné. Ce dernier participant à la croisade auprès de Godefroy de Bouillon, la ville sera vendue au Sire de Beaujeu.
En 1228, Humbert Sire de Beaujeu marie sa sœur au Sire de Bagé et de Bresse. Puis Châtillon deviendra savoyarde en 1272, par le mariage de l’unique héritière avec le Comte de Savoie.

En 1595, la guerre entre la France et la Savoie éclate, les troupes d’Henri IV envahissent la Bresse. Le Traité de Lyon signé en 1601 redonne la Bresse et le Bugey au Royaume de France.

La ville est avant tout une de place forte, possiblement menacée par les Sires de Beaujeu, les troupes du roi de France et les bandes de mercenaires. Le château du XIe siècle, à 250 mètres d’altitude, sera transformé en forteresse : les remparts, les 8 tours, le donjon, la chapelle, mais également de nombreux bâtiments sont construits avec les carrons savoyards, de grosses briques rouges cuites. L’enceinte n’était percée qu’en quatre endroits pour permettre l’entrée et la sortie de Châtillon : Porte de Bourg à la hauteur de l’hôtel de La Tour, Porte de Lyon rue Johnson, Porte inutile rue Barrit et Porte de Villars. Seule subsiste cette dernière inscrite au titre des monuments historique en1926 ! Il existait également un fossé rempli grâce à des écluses par l’eau de la Chalaronne.

 

Le comte Philippe, dès le départ, va octroyer une charte de franchises aux habitants : celui qui établira son domicile dans la ville pendant un an et un jour sera libre et déclaré bourgeois. La bourgade deviendra une ville pleine de dynamisme favorisant son essor économique.

 

 

 

 

La zone du champ de foire était un marécage. Il sera aménagé au 19ème siècle. Sa forme en fer à cheval indique son utilisation comme hippodrome (et autres courses de vélo), avant la création en 1863 du premier hippodrome du département de l’Ain à Châtillon !

 

 

 

La ville est animée de nombreux commerces et artisans (ARTIS, l’association des métiers d’art, facilite la découverte du savoir-faire et de la passion des artisans d’art : vitrailliste (MOF), relieuse d’art, sculpteur céramiste, tapisser-décorateur, céramiste, coutelier, joaillière, styliste) mais 3 grandes entreprises sont également implantées :

  • En 1905 une famille parisienne installe dans les locaux de la porte de Villars une fabrication de sacoches en cuir. En 1919, Adrien Gallet, simple ouvrier, épouse la veuve du fondateur et développe l’entreprise. Puis leur fils, Jean, dans les années 1940, diversifie l’activité avec la fabrication de selles de vélo. Son frère, Adrien, se lance en 1975 dans le casque de moto dont le port est devenu obligatoire. En 1999, la société CGF Gallet, leader mondial, aura fabriqué 600 000 casques pour 75 pays. Il détiendra aussi 80% du marché des casques militaires en France, mais aussi celle des pompiers de Paris en 1985. Puis la fabrication s’élargit à celle des gilets pare-balles.
  • Les Pépinières Daniel Soupe, crées en 1975, à la ferme familiale, se développeront pour atteindre 90 salariés et 400 ha de pépinières, l’une des plus grandes d’Europe, faisant l’export d’arbres variés.

 

  • Les laboratoires Sarbach

Raymond Sarbach a été entrepreneur et maire de Châtillon (1959 à 1975). Il achète en 1941 une ancienne pharmacie puis en 1946 le moulin des Bertandières où il fabrique sa première pommade à la pénicilline. Le laboratoire emploiera jusqu’à 900 personnes sur le site. Patron social et humaniste, Sarbach prend soin de ses employés en construisant des logements proches des laboratoires, des autocars transporteront le personnel. Il construit une piscine réservée au départ aux employés, puis ouverte à tous les habitants. Pendant ses mandats, la Chalaronne est canalisée, des barrages construits pour réguler son débit. Des inondations étaient fréquentes, la plus forte eut lieu en septembre 1956. Châtillon sera surnommée la petite Venise de la Dombes grâce aux nombreux ponts et passerelles fleuris. La ville est récompensée de 4 fleurs et même fleur d’or en 2018.

 

Le grenier à sel est la plus ancienne maison de Châtillon (poutres datées de 1386). Le sel, venu de Camargue par la rivière, est stocké, avant sa distribution en paiement de l’impôt (la gabelle). Ce lieu sert aussi de tribunal pour régler les litiges liés à cet impôt.

La construction est faite pour le soubassement en briques (carron savoyard). La partie supérieure est à colombages. L’absence de pierres sur ce plateau argileux impose ce type de construction.  Une armature en bois est construite, puis les espaces sont remplis de torchis : mélange de branches, argile ou pierres (galets). L’ossature en chêne garantit la rigidité de l’ensemble. L’étage est en encorbellement grâce aux poutres ou corbeaux en avancée au-dessus du rez-de-chaussée.

 

Rq : le pisé utilisé en vallée de Saône, ne relève pas de la même technique, bien qu’utilisant aussi de la terre crue. Le charpentier-piseur installe les coffrages, répartit la terre et la dame. La technique du pisé permet de construire des murs porteurs en terre crue. Un soubassement en pierre, carron ou galet, est indispensable pour isoler de l’humidité du sol. Il est à noter qu’un mur de sept mètres de hauteur perd dix centimètres de largeur entre sa base et son sommet.

En ville, dès la fin du XVIIIe siècle le torchis a été remplacé par des briques pour partie récupérées grâce à la démolition des remparts et du château.

 

Le couvent des Ursulines :

Venues de Bourg-en-Bresse, les religieuses se sont installées en 1639 au pied du château. Le couvent accueillait les jeunes filles de la noblesse et de la bourgeoisie. Les Ursulines furent autorisées à utiliser les ruines du château pour construire l’imposant bâtiment entièrement en briques. Les sœurs fabriquaient une sorte de macaron au safran, appelé pain de Châtillon, qui trempé dans du vin, était censé guérir de tout ! La recette a été retrouvée en 2010 dans les archives et remis au goût du jour par un pâtissier local.

Le couvent fut confisqué et vendu comme bien national pendant la Révolution. Il jouera le rôle de prison de femmes puis sera au XIXe siècle transformé partiellement en caserne de gendarmerie.

 

 

La charité fait partie de l’histoire de Châtillon avant même Saint Vincent de Paul.

 

Rq : Les frères Capucins, installés dans un couvent en 1635, à l’emplacement de l’actuelle mairie, oeuvreront pour les Châtillonnais : prêche, charité, mais aussi lutte contre les incendies. Laissé vacant à la Révolution, le couvent devint l’Hôtel de ville. Démoli en 1912, il fut remplacé par le bâtiment actuel.

 

 

Vincent de Paul est affecté à Châtillon le 1er août 1617 en tant que prêtre. Il en repartira à la veille de Noël, rappelé par les Gondi. Il accompagne Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères de France, dans ses visites des prisons où sont retenus les futurs galériens. Il sera nommé par le roi le 8 février 1619 aumônier général des galères.

Mais sa vocation était d’être au service des humbles. Il a œuvré contre la pauvreté, pour l’évangélisation des campagnes et pour la formation des prêtres. Canonisé en 1737, il est proclamé patron universel des Œuvres de charité par le pape Léon XIII en 1885. Il va fonder en décembre 1617, avec les dames aisées de la ville, les Dames de la Charité (Confrérie des Servantes et des Gardes des pauvres ou Charité de Châtillon) pour venir en aide aux pauvres, dans la chapelle des pénitents du 15ème siècle, aujourd’hui détruite.

Statue en bronze du sculpteur E Cabuchet représentant Saint Vincent de Paul avec des enfants, érigée en 1857.

 

 

Une maison hospitalière était présente ici en 1273, accueillant les pauvres. Plus tard, en 1445, une léproserie ou une maladerie sera destinée aux lépreux. L’Hôpital Royal a été construit en 1727, avec de part et d’autre de la chapelle construite en 1732, une salle des hommes et une salle des femmes (en 1789). Au début du 18ème siècle, le malade devait avant tout expier ses péchés et espérer le pardon de Dieu… Les sœurs de Sainte Marthe assureront la garde des malades, mais aussi la fabrication de remèdes à base de plantes cultivées dans le jardin des simples. Les comprimés pouvaient être selon la richesse des malades enrobés de cacao ou de poudre d’or ! Le 8 décembre 1789, l’Apothicairerie de l’Hôpital est inaugurée. L’abbé Robin, aumônier de l’hôpital, entreprendra la remise à neuf des locaux à partir de 1814. On y trouve 120 pots de faïences de Meillonnas, la tisanerie avec des tiroirs en boiserie, et des accessoires comme un grand mortier de bronze.

       

Le triptyque de la lamentation, de Grégoire Guérard, daté de 1527, a été classé monument historique en 1913. Dans le panneau central figure la descente de croix, dans celui de gauche l’agonie du Christ au jardin des oliviers et dans celui de droite la Résurrection. Au dos, les apparitions de Jésus à Marie-Madeleine et à sa mère.

Hôpital jusqu’en 1939, puis asile de vieillards jusqu’en 1979, il est devenu aujourd’hui Centre culturel, et musée numérique, faisant découvrir l’art aux plus jeunes.

Philibert Commerson

Philibert Commerson, né à Châtillon en 1727, aîné d’une famille de 14 enfants, fils de notaire, est passionné par les plantes. Suivant les exigences de son père, il partira à Montpellier (à la faculté) et deviendra médecin. Il exercera à Châtillon de 1756 à 1760. Il collecte des plantes dans le Bugey, le Dauphiné, la Savoie, la Suisse, le Charolais. Son épouse décède en accouchant d’un fils. Il part à Paris avec sa gouvernante Jeanne Baret. Il participera à l’expédition de Bougainville dans les Terres australes. Il décèdera au cours de ce périple, en 1773, à l’âge de 46 ans, dans l’île de France (l’actuelle île Maurice). Jeanne Baret avait réussi à l’accompagner (les femmes n’étant pas acceptées sur les bateaux, « elles portaient malheur ») en se déguisant en valet. Elle est considérée comme la première femme à avoir bouclé le tour du monde. Elle rapportera au roi toutes les plantes collectées par Commerson et elle. En remerciement elle obtiendra une rente et s’établira en Dordogne. Une place importance est accordée à l’hortensia dans le fleurissement de Châtillon. C’est en effet le nom donné par Commerson à cette nom cette fleur en hommage au gouverneur de l’île Maurice dont la fille se prénommait Hortense.

 

Les halles (classées au titre des monuments historiques depuis 1988)

Leur existence est notifiée dans la charte de 1273. Dans leur emplacement et leur forme actuelle, ces halles datent de 1440, conçues par l’architecte, Piro Giroud.

Les 29 et 30 septembre 1670, la ville est ravagée par un terrible incendie qui détruit une centaine de maisons, le couvent des capucins, une partie des Halles et de l’Eglise.

Philibert Collet (1643-1718), élu comme premier magistrat, adressa sa requête à Anne-Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, comtesse de Châtillon, la fameuse Grande Demoiselle. Celle-ci répondit favorablement autorisant la coupe de 64 chênes dans la forêt de Tanay, dont elle était propriétaire. Ils furent immédiatement abattus … heureusement La Grande Demoiselle va finalement refuser, mais ce sera trop tard ! La reconstruction sera terminée au bout de deux ans.

Ces halles sont les plus longues de France : 80 mètres de long, 20 mètres de large, 10 mètres de hauteur. Elle accueillait foires et marchés très importants au Moyen Âge, elles servaient aussi de lieu de réunion. Elle accueille chaque samedi matin le marché qui est l’un des plus beaux de France, et plusieurs animations au cours de l’année.

 

 

Philippe Collet recevra la porte de Villars comme lieu d’habitation en remerciement.

Lors de l’inondation de 1956, l’eau a envahi la ville !

 

 

Au fond, la maison Saint Vincent de Paul. Les sœurs de la congrégation reçoivent tout le monde sans distinction… une œuvre dédiée aux enfants trouvés. (cf : film Monsieur Vincent de 1947 de Maurice Cloche : https://www.facebook.com/watch/?v=570676273110485 )

 

 

 

 

L’église Saint André

L’église Saint André date de la fondation de la ville neuve, protégée par son enceinte, en 1273.

Faite de brique rouge, carron savoyard, la pierre de taille a été utilisée pour divers encadrements, les croisées d’ogive, les arcs-boutants. Elle mesure 45 mètres de long pour une largeur moyenne de 13,5 mètres. Entre 1431 et 1452 la nef fut élargie et la façade fut reculée de 15 mètres jusqu’à son emplacement actuel. Elle bénéficia de plusieurs agrandissements et réfections de 1464 à 1476, puis entre 1487 et 1500 la nef et le chœur doté de son abside polygonale furent voûtés avec croisées d’ogive. À partir de 1488 fut édifié un grand clocher haut de 30 mètres et agrémenté de 104 colonnettes. Il sera arasé pendant la Révolution. Quant aux 13 chapelles latérales, elles furent aménagées à diverses époques à l’initiative de bourgeois et des corporations. Les saints patrons ont leur autel dans l’église : les hommes du bâtiment (charpentiers, menuisiers, maçons) à saint Joseph ; les spécialistes du vêtement (tailleurs, chaussetiers, cordiers) à saint Hommebon ; les tisseurs en toile à sainte Anne ; ceux qui travaillent le cuir (cordonniers, tanneurs et corroyeurs) à saint Crépin ; les hommes de la forge (maréchaux-ferrants et taillandiers) à saint Eloi; les boulangers et cabaretiers à saint Honoré ; les bouchers et … chapeliers à Notre-Dame de Pitié.

La tour de l’horloge était accolée à l’église dès le treizième siècle. Sa partie inférieure est particulièrement visible à l’intérieur de la nef, avec ses carrons rouges. Sa démolition fut compensée par la construction du grand clocher-beffroi à la fin du XVe siècle, détruit sous la Révolution. Quatre énormes piliers réunis deux à deux, transversalement, sont toujours visibles à l’intérieur, et à l’extérieur, de gros contreforts de pierre. La tourelle en encorbellement de la façade construite après l’incendie en 1672 renferme le carillon.

 

A noter la statue de saint Sébastien, œuvre de Jean Tarrit, taillée dans du bois de noyer en 1898. Les vitraux datent de 1890- 1892, exécutés par les ateliers Pasquier-Sarrazin de Lyon. Dans l’abside, saint Vincent de Paul intronise madame de La Chassagne, présidente des Dames de la Charité. Les autres vitraux retracent la vie de Saint Vincent de Paul.