Le lavoir de Lancié
Par Jean-Louis Griveaux, avec la collaboration de Madame la secrétaire de mairie pour les documents originaux. (Extrait du bulletin n°5 Histoire et Généalogie en Beaujolais.)

Au cours de mes promenades, en direction de Fleurie, à la hauteur du hameau des Nugues, je me suis toujours demandé à quoi avaient pu servir ces trois grands murs : Un reste de muraille ? Un hangar ? Un abribus ?… Il fallait que je sache.
Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que c’était les restes d’un lavoir. Je vais vous en raconter l’histoire.
En mai 1869, la commune de Lancié représentée par M. le maire Robert Etienne décide l’acquisition sans indemnité d’une parcelle de terrain permettant l’extension du lavoir existant. Cette parcelle porte le numéro 429 section B sur le plan du cadastre et est d’une superficie de quatre-vingt-cinq centiares.
Les propriétaires de cette parcelle située au lieu-dit les Buyats (Fontaine Guillard), sont madame Tortillier Antoinette veuve de Gailleton Jean Claude demeurant au Vivier à Fleurie et madame Lapière Marie deuxième épouse et veuve de Gailleton Jean Claude propriétaire à Lancié et agissant en tant que tutrice des enfants mineurs de Gailleton Jean Claude, Gailleton Jean-Pierre-Joseph et Gailleton Marie, de sieur Larfouillon Benoît de Beaujeu mandataire de Barthélemy Larfouillon tuteur de Larfouillon Pierre.


Un devis de 2471 francs 98 est réalisé par l’architecte Belletable le 29 mai 1869.
C’est le 29 juin 1869 que le conseil municipal de Lancié composé de MM. Duby, Benon, Foillard P, Loron, Décombe, Foillard B, décide la construction du lavoir au lieu-dit «la Fontaine Guillard ».
Le 8 octobre 1869 les travaux de construction sont attribués à M. Grollière maçon à Lancié. Les travaux terminés, le lavoir aura coûté 3261 francs 23.

Pendant des années les lavandières, les blanchisseuses de Lancié sont venues laver le linge et ont fait résonner les murs du lavoir de leurs coups de battoir.
Si la raison principale de ce lavoir était de laver le linge, il était aussi un lieu de rencontre. Ah ! Si ces murs pouvaient raconter tout ce qu’ils ont entendu. Les joies, les misères, les commérages, en résumé toute la petite histoire de ce village du beaujolais que les lavandières racontaient entre deux coups de battoir. Il fallait bien passer le temps quand le linge bouillait sur la chaudière dans un coin du lavoir.
Puis le modernisme est venu. L’eau est arrivée jusque dans les maisons, l’électricité aussi, et surtout la machine à laver. Déchu, oublié, ce lavoir qui fut pendant des années un lieu de vie est devenu désert et inutile. De temps en temps un vigneron venait prendre de l’eau pour ses traitements mais seulement dans le silence troublé par le bruit de l’eau qui coule.
Le lavoir revécut quelques années, quand, chassés de leur logement par leur propriétaire madame N. et son fils s’y réfugièrent. Ils y habitèrent environ deux ans !
Les années ont passé, le bâtiment devenu inutile, d’un entretien trop coûteux (?) a été démoli.
Je n’ai pas trouvé de documents expliquant la décision du conseil municipal de le démolir partiellement.
Toutes les fois que je passe devant ces murs et qu’une légère bise souffle, j’ai l’impression d’entendre les voix des lavandières, les cris des enfants qui jouent avec l’eau ; et à ce moment-là, mon imagination part à l’aventure…
